Bien malheureux, celui qui a un chien en ville

Il est 7h50. Je saisis sur le meuble de l’entrée le harnais et la laisse, dont le clinquement éjecte le chien de son panier. Pas de doute, c’est l’heure, on va sortir.

Déterminée mais douce, mon amie canine se laisse habiller, par ce qui est autant son passeport qu’une entrave à sa liberté.

Comme le prolongement de mon bras, de mon être, me voilà accrochée à mon chien pour partager ensemble nos chemins. Ce sentiment plaisant au quotidien s’altère souvent au travers de ma pensée, me dévoilant sa part d’ombre.

Pourquoi faire subir cette vie asservissante à mon chien ? Être toujours attaché le rend-il malheureux ? Le suis-je également ?

Dans mes souvenirs d’enfance de provinciale, on était bien loin de l’ambiance parisienne dans la vie qu’on offrait à nos chiens. Des sauts de cabris dans les champs à perte de vue, des balades dans les rues peu fréquentées en totale confiance entre chien et homme… car oui, plus on supprime le lien imposé de la laisse, plus le lien relationnel s’impose.

Je ne peux pas regretter ce choix d’avoir un chien dans une grande ville : après tout, je ne devais même pas avoir de chien, et elle est bien mieux lotie dans cette situation que si elle était restée dans son refuge délabré de Russie. Mais cette situation ne peut m’empêcher de m’attrister.

Paris est particulièrement mauvaise dans la gestion de ses citoyens férus de chiens. Très peu d’espaces autorisés, ceux qui le sont ne permettent pas de détacher le chien, et quant aux très rares qui sont spécialement conçus pour cela… ce n’est certainement pas mon lévrier déguisé en mini labrador qui pourrait s’en satisfaire étant donné leurs tailles.

Il y a bien les bois de Boulogne et Vincennes… mais il est interdit d’y lâcher les chiens, et si en réalité tout le monde le fait quand même, il reste que le passage incessant des vélos et la foule ambiante ne rendent pas l’expérience forcément sereine.

Ai-je l’impression que la ville me vole une part de bonheur avec mon chien ? Oui.

Et pas des moindres.

Je pense que la ville me vole une part de notre relation, de notre connexion, de notre confiance mutuelle. Car comment devenir l’ami sincère et le guide de son chien alors qu’on le pend sans cesse à une laisse, le privant d’un de ses besoins les plus primaires : la liberté de mouvement. Et finalement, comment mériter, et obtenir, une confiance que l’on octroie pas non plus ?

Mon bonheur s’émiette quand je culpabilise car ma chienne ne peut pas se défouler au quotidien dans de grandes étendues, alors que je sais que ses équilibres physiques et psychiques en auraient besoin.

Mon plaisir s’esquinte en pleine promenade, quand je ne lui demande plus de marcher aux pieds, et que je suis obligée de tirer vivement sur la laisse toutes les 2 minutes pour : arrêter le chien et laisser passer la dame, éviter la trottinette qui roule à fond sur le trottoir, ne pas faire tomber le costard-cravate qui sort de son immeuble avec l’empressement du retard parisien… et puis j’étouffe.

J’aurais aimé te donner une autre vie, mon chien.

Nous donner, une autre vie.

2 Replies to “Bien malheureux, celui qui a un chien en ville”

  1. Joli texte sur un sentiment déjà éprouvé à titre perso.
    Mais une question me vient après les deux dernières phrases : qu’est-ce qui vous empêche réellement de vous donner cette autre vie à toutes les deux ?

    1. Merci pour votre commentaire !
      Malheureusement pour des questions d’organisation, de vie de famille, et de boulot… difficile pour l’instant d’envisager l’exile au vert et vers une vie plus douce 😉

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