Non, je n’achèterai jamais de chien !

Plus de 50 000 euthanasies par an. C’est le chiffre annoncé il y a plusieurs années par le ministère de l’Agriculture. Et dans un autre article, je vous expliquais pourquoi ce chiffre n’est probablement qu’un échantillon de la réalité.

Je pourrais presque laisser ce premier paragraphe faire l’intro, le développement et la conclusion de mon titre, mais je vais vous parler un peu de mon ressenti, après tout, je suis là pour ça.

Quand j’ai découvert ce concept d’euthanasie en refuge et fourrière, j’avais environ 17 ans (on remonte vers 2003, ça ne nous rajeunit point) et c’est grâce à l’arrivée de la protection animale sur le web que le voile est tombé.

Car finalement quand on a pas le nez dedans, on ne s’imagine pas automatiquement que derrière la mission de recueil et de protection, il y en a une autre : la régulation.

De mois en mois, m’intéressant de plus en plus à ce sujet aussi injuste que prenant, j’ai constaté que de plus en plus d’annonces de SOS et de sauvetages urgents fleurissaient à droite à gauche, sur les forums animaliers généralistes, sur des sites de collectifs, sur des sites d’associations… Facebook n’existait pas encore à cette époque des dinosaures, et le mouvement semblait quand même prendre de l’ampleur.

Mais finalement, cela restait assez disparate sur plusieurs sites, froid, sans possibilité de savoir quelle était la portée de ces appels au secours, et si quelqu’un y avait déjà répondu. Et on ne savait que rarement si l’animal avait été sauvé ou pas. L’intention de tout ça était donc pleine de bonne volonté, mais peu efficace.

On arrive donc rapidement vers mes 18 ans, âge de grande sagesse s’il en est, car j’ai décidé de créer un site web totalement dédié à tous ces SOS d’euthanasies. Je l’ai imaginé interactif, rassembleur, et briseur de silence autour de ce sujet tabou, tout en permettant de sauver des vies avec d’incroyables chaînes de solidarité. On est en juillet 2004, RESCUE est né.

En signe de succès immédiat, j’ai de l’autre côté été virée du refuge dans lequel j’étais bénévole, oops. Il ne fait pas bon oser parler des euthanasies dans les refuges, même quand c’est pour essayer de faire adopter les animaux et rien d’autre. Et malheureusement, 15 ans après, la situation est pire que tout. Plus personne ne parle des euthanasies, les services de communication-répression on été bien efficaces au sein de certaines structures. Et les méthodes ne sont pas toujours jolies-jolies.

Mais depuis plus de 15 ans que je me suis engagée dans ce sujet particulier, je ne suis pas dupe, et je sais que ce qu’il se passe derrière le rideau n’a pas changé d’un iota. On pique toujours à tour de bras car on ne peut de toutes façons pas faire autrement. Il y a TROP d’animaux pour PAS ASSEZ d’adoptants.

J’en ai passé, des jours, des nuits, à publier des annonces quand il ne reste que 3 heures avant l’euthanasie, dans l’espoir fou de trouver un toit pour des animaux souvent abîmés par la vie et pour lesquels on ne voit plus que la piqûre.

J’en ai fait, des co-voiturages, à me balader en train avec des chiens de 70kg, des rats, des lapins, des chatons diarrhéiques.

J’en ai bouffé, des centaines et des centaines d’heure de conflits à apaiser entre humains, parce que dans ce milieu trop écorché vif qui fait les montagnes russes entre la vie et la mort, on y pète un peu les plombs.

J’en ai sacrifié, des euros de mon compte bancaire, pour réparer des pattes de chaton avec des broches, pour aider les petites associations avec leurs factures interminables, pour tenir mon site web debout.

J’en ai saoulé, de ma famille, de mes amours, de mes amis, de mes patrons, parce qu’il y a toujours quelque chose qu’on puisse faire pour aider, que ce soit ramener un pigeon sans plumes au cul dans sa salle de bain ou juste dire ce que l’on pense et rester authentique.

J’en ai étouffé, des larmes impuissantes, en voyant les brochettes de chatons nouveaux-nés au congélateur quand j’étais assistante vétérinaire, parce qu’on ne stérilise pas ses animaux et on ne sait pas quoi en foutre. Ou en déplaçant des milliers d’annonces dans la rubrique de mon site qui rend hommage aux animaux qu’on a pas réussi à sauver. Au moins, ces derniers ont laissé cette infime trace, là où d’autres meurent dans l’indifférence. Mais ce n’est pas assez.

Et c’est pour ça que je n’achèterai jamais de chien, de chat, de lapin.

Trop imprégnée par ces odeurs, ces images, ces jetés de balles en box quelques heures avant une euthanasie.

Je n’ai rien contre l’élevage même si je pense que ce milieu mérite un énorme coup de balai, mais je ne peux pas.

Mon coeur est pour eux, car c’est tout ce que je peux leur donner en plus de mes quelques adoptions par-ci par-là, et ça ne suffit malheureusement pas.

Ils ont besoin de beaucoup plus de coeurs, et j’ai peur que l’humanité ne soit pas encore prête pour ça.

Adopt, don’t shop.

2 Replies to “Non, je n’achèterai jamais de chien !”

  1. Je suis totalement d’accord avec tout cela moi aussi il y a une trentaine d année j ai acheté un chiot chez un particulier et depuis ai pris 2 chiens dans un refuge. J’ai pris conscience d avoir fait une erreur une fois et ça ne se reproduira jamais. Mes deux derniers chiens me donnent tout l amour que je leurs apporte.

    1. Merci pour eux ! 🙂

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